On peut marcher en claudiquant, mais courir c’est plus dur.

La grande réforme des retraites annoncée depuis plus d’un an, celle  qui devait épater l’Europe entière, est tout simplement passée à la trappe, voir la montagne a accouché d’une souris.

Après avoir montré les dents tout l’été, le gouvernement, par l’intermédiaire de Jean-Marc AYRAULT, n’aura attendu que deux petites heures après le fin des consultations sur les retraites avec les partenaires sociaux  pour dévoiler sa réforme, la première réalisée par un exécutif socialiste.

Ce n’est pas une réforme des retraites qui nous est proposée, ce ne sont que des aménagements qui ne font que repousser le tas de sable de ce bel été.

Les solutions proposées pour remédier à la situation catastrophique du système ne résoudront pas le déficit annuel qui est de 15 milliards d’euros par an car aucun des vrais leviers n’est pris en compte !!!

Ainsi, le régime de la fonction publique et les régimes spéciaux demeureront des exceptions bien françaises, que les salariés du privé et les libéraux que nous sommes continueront à financer à fonds perdus.

Cette réforme se résume donc  à une nouvelle hausse des prélèvements, la durée de cotisations requise pour une retraite à taux plein sera progressivement relevée, la création d’un compte pénibilité dont les contours restent des plus flous, la mise à contribution des retraités via la fiscalisation de la majoration de 10% des pensions des parents de trois enfants et plus.

Le report de l’âge légal ayant été écarté depuis le début, le suspense portait sur le choix d’augmenter les cotisations ou la CSG : après consultation des partenaires sociaux, le premier ministre a donc choisi la seconde option. La durée de cotisations requise pour une retraite à taux plein sera progressivement relevée d’un trimestre tous les trois ans pour atteindre 43 ans en 2035 et la hausse des cotisations patronales et salariales sera étalée sur quatre ans : 0,15 point en 2014, puis 0,05 en 2015, 2016 et 2017, soit à terme,0.3 point en 2017.

Le premier ministre compte équilibrer le régime général après 2020 par la seule augmentation de la durée de cotisation, au rythme d’un trimestre tous les trois ans : résultat : un salarié né en 1973 devra avoir cotisé 43 ans en 2035 pour bénéficier d’une retraite à taux plein, et s’il a commencé à travailler à 25 ans, il ne pourra partir sans décote qu’à 68 ans.

Le « compte pénibilité » censé faire accepter aux français les efforts de cotisations, va être créé dès 2015 pour les salariés qui auront été exposé à une situation de pénibilité : nous sommes,(l’UNION,) bien entendu  vigilants quant à ce compte que nous demandons depuis si longtemps mais pour lequel tout reste à faire.

Ainsi, sans même assurer la pérennité financière du système qui restera structurellement déséquilibré, le gouvernement a choisi de ponctionner la fiche de salaire et les entreprises (mais sans commune mesure avec la hausse de plus de 17% du régime de base des professions libérales).

Cette réforme, qui n’en n’a que le nom, ne satisfera personne mais permettra au gouvernement de tourner la page sur cette séquence à haut risque qu’il a choisi de contourner, se contentant , comme d’autres avant lui, de laisser le soin à ses successeurs de régler une fois pour toute le problème des retraites.

Pour nous à Objectif Kiné dans l’UNION, observateurs attentifs s’il en est de toutes les réformes des retraites passées et à venir, cette non-réforme ne résout aucun problème structurel, pire : alors que le gouvernement préparait les esprits à des mesures exigeantes pour cette future réforme des retraites dont celle de l’alignement partiel du régime de la fonction publique sur le secteur privé pour le calcul des pensions tel qu’écrit dans le rapport Moreau, force est de constater que cette « bombe potentielle » du rapport vient d’être discrètement désamorcée contrairement aux propos tenus par la porte-parole du gouvernement , Najat Vallaud-Belkacem qui assurait il y a peu que « tous les régimes seront abordés dans les discussions » ainsi « qu’il n’y a aucune raison de laisser de côté un régime par rapport à un autre »…

Ainsi, les quinze régimes spéciaux encore en vigueur( Fonctionnaires d’état ,SNCF, EDF-GDF, RATP, Banque de France, Clercs et employés de notaires, Assemblée nationale et Sénat, chambre de commerce et d’industrie de Paris etc…)  ne seront pas concernés, bien au contraire, ils ne sont même pas égratignés alors que leur déficit se monte à 17 Milliards et que la non-réforme en cours apportera 7 Milliards sur les 20 nécessaires à l’horizon 2020.

Une « réforme de fond » pour Marisol Touraine » qui garantit l’avenir « selon  Najat Vallaud-Belkalem « équilibrée et structurelle «  aux yeux de Jean Marc Ayrault.

A écouter l’exécutif, la réforme des retraites dévoilée ce mardi est « durable et il ne sera pas utile d’y revenir » : cela reste à démontrer et contrairement à ce qu’affirme le premier ministre, le dossier des retraites n’est pas prêt d’être refermé.

 

Alors mini réforme et beaucoup de bruit pour rien ? sauf pour les professions libérales ? A suivre

Stéphane MICHEL, président de l’UNION

Christian BOSS, président délégué


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